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let the sky fall
Un accident d'avion, un trésor piégé et un équilibre mis à mal par l'arrivée de nouvelles forces dans le jeu d'ombres...
Voilà ce qui vous attend dans la nouvelle intrigue.
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Parfois, on a juste envie d'inaugurer un bâtiment tranquille. Malheureusement, on a souvent des invités surprise....
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 un nom est une invocation || garance
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pretty face : evan rachel wood.
julius caesar : cranberry.
legends never die : démon du génie incompris et des fausses bonnes idées, prêtresse des solutions faciles et apôtre de la vérité qu'on ne veut pas entendre. lieutenant de discorde, ombre de malphas.
the mighty bush : Souffle de curiosité, ou plus couramment appelé curiosité mal placée. Pouvoir passif, il transforme son porteur en émetteur d’ondes poussant autrui à s’intéresser à tout et n’importe quoi, jusqu’à plein assouvissement de sa curiosité. La puissance du pouvoir dépend tout à la fois de son porteur – un émetteur timoré n’aura qu’une influence superficielle sur ceux qui l’entourent, au contraire d’une personne débordant de confiance en elle – et de l’exposition – plus une personne est exposée, plus la curiosité est intense. Les deux combinés peuvent créer de véritables obsessions… Dommage collatéral, ce souffle désinhibe : peu importe que les valeurs et les principes moraux soient implantés, gravés dans l’esprit de la victime, au bout d’un moment, ils céderont, tout simplement ; à moins d’être soustrait à temps de cette terrible influence.

Bien évidemment, Briffaut possède un souffle de curiosité naturellement puissant ; déjà en tant que démon, ensuite en tant que femme accomplie et particulièrement confiante. Peut-être même un peu trop, mais ça, c’est un autre sujet. Elle ne maîtrise pas son pouvoir, car passif, mais elle adore voir les autres y succomber : elle-même particulièrement curieuse, trouver des partenaires de jeu dans les recherches les plus improbables, voire carrément dangereuses, est une source inépuisable de distraction. Et elle adore voir ce que la curiosité mal placée peut provoquer en plein milieu d’un dîner de famille…
Allegeance : Lucifer, par instinct de survie ; Briffaut n’a pas grande opinion de son seigneur sinon qu’il est justement son seigneur, et que si elle veut conserver un minimum de liberté – et d’intégrité physique, elle n’est pas une grande adepte de la douleur –, il lui faut se plier à ses quatre volontés. En soi, cette philosophie ne lui est pas très difficile : collectionneuse, elle adore récolter les âmes des êtres humains et les exhibe comme de véritables trophées. De fait, ce qui est sa passion est, finalement, sa mission, donc tout va bien dans le meilleur des mondes. En vérité cependant, elle n'accorde sa loyauté et sa fidélité qu'à Garance, qu'elle suivrait jusqu'aux portes du paradis - enfin, si elle insiste. Si elle insiste vraiment. Genre, vraiment vraiment.
these streets : Tout, sauf ce petit quelque chose, ce petit truc qui l'emmerde un peu beaucoup, ce petit pressentiment qui lui colle au cul comme un vieux chewing-gum.
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Démons

Sujet: un nom est une invocation || garance Mer 17 Jan - 19:16 ()
« Lève ton cul de ce canapé ou je te raconte ma vie sexuelle par le menu. » C’était le seul argument un tant soit peu pertinent qu’elle avait trouvé, et non seulement il fit mouche, mais le fait qu’elle ne l’ait pas gentiment invitée à aller se faire mettre par les cornes de Lucifer confirma ce que Briffaut redoutait : Malphas était sévèrement déprimée.

Et maintenant, elle était encore davantage emmerdée qu’elle avait agi sous une impulsion plutôt que par préméditation : Célestine n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle allait bien pouvoir faire avec son Commandant sur les bras. Le fait d’avoir débarqué chez elle, à l’improviste, et de l’avoir trouvée enroulée dans un plaid d’où n’émergeait que deux prunelles fauves bardées de nuages sombres l’avait fait sortir de ses gonds, mais maintenant ? Rien. Elle n’avait rien prévu. Et il était hors de question de l’emmener dans un bar ou en boîte de nuit – si jamais Malphas retrouvait ses esprits dans un endroit surpeuplé où quiconque pourrait reconnaître la créature de rêve du marketing d’Yves Saint-Laurent ou le Commandant de la Sphère de la Discorde, Briffaut était bonne pour perdre ses cornes quand elle les aura retrouvés. Et rester chez elle alors qu’elle l’avait extirpée de son cocon était vraiment une très mauvaise idée : encore plus que le reste, Garance détestait qu’on la fasse sortir de son confort pour rien.

Mais lorsque Garance passe à côté d’elle, son sentiment d’urgence se crève comme un vieux ballon de baudruche. Célestine s’assombrit ; l’éclat de ses prunelles fauves, espiègle avant, s’affûte comme une lame de couteau.

L’endroit est plongé dans une pénombre feutrée. Tout n’y est que suggestion : la lumière des lampes d’un autre temps voilées de châles de soie, les alcôves savamment dissimulées par des lourdes tentures rouges retenues au mur juste ce qu’il faut pour entrevoir une table et des paires de jambes de clients installés là, la musique murmurée par les enceintes planquées ça et là, jusqu’aux tenues des employés, savant mélange d’élégance et d’audace. Sur une scène à peine plus exposée, une danseuse au corps voluptueux effectue lascivement son numéro, et même son maquillage porte la marque de l’endroit : un peu, pas trop, des touches, de l’harmonie, de la beauté, de l’élégance raffinée. Juste de quoi révéler son joli minois tandis qu’elle suggère son corps.

Briffaut a fait de cet endroit son quartier général, son petit coin de paradis, sa deuxième maison.

Tirant Garance par la manche, Célestine gagne sa table habituelle, enfoncée dans un coin de la salle où elle ne peut être vue que si on le veut vraiment, et y pousse sa Reine sans ménagement. Elle murmure vaguement un hargneux « je reviens » avant de filer au comptoir, où le barman a suivi son manège depuis son entrée dans les lieux. Il ne dit rien, et c’est ce qu’elle apprécie chez lui. Il la connaît, mais ne dit jamais rien. Il ne dit rien quand elle reste des heures à enchaîner les consommations et à lorgner sur les filles du club, il ne dit rien quand elle se perche à son bar et le drague ouvertement juste pour le plaisir d’écluser des méthodes lourdes et éculées qui la font rire, il ne dit rien quand elle part sans payer ce qu’elle a ingurgité tout au long de la soirée. Il ne dit rien non plus sur le fait qu’elle est toujours venue seule, se poser à cette même table et boire seule, dans un coin, libre et paisible.

Il ne dit rien sur la présence de Garance, et elle le gratifie d’un regard lourd de sens.

Pendant qu’il s’affaire à préparer sa commande, Célestine se passe une main sur le visage et souffle. Azazel a disparu. Son père a disparu. La moitié de l’âme corrompue de Malphas a disparu. Elle a lancé tous les chiens de l’enfer sur ses traces, mais sans succès ; ses infiltrations dans les rangs angéliques, ses oreilles qui traînent et sa chaîne de ragots n’ont pas rapporté davantage d’informations. Il a disparu. Comme ça. Pouf. Du jour au lendemain, plus rien. Son téléphone sonne dans le vide et aucun démon de sa sphère ne parvient à mettre la griffe dessus – Briffaut les soupçonne cependant de traîner un peu la patte pour le retrouver. Rien n’y fait. Par l’intermédiaire de ses manipulés, Briffaut a mis sens dessus dessous l’enfer sur Terre mais sans résultats. Rien. Niet. Nada. Juste le vide. Le néant. Quand elle cherche son nom d’humain, elle ne trouve pas plus d’indications, comme si… comme s’il n’avait jamais existé. Christopher Lion. Pourtant, ce nom a du poids. A un sens. Mais personne ne semble s’en souvenir. Ou juste comme ça, comme ce genre de truc dont on se souvient parce qu’on en a entendu parler mais qu’on en a rien à foutre. Et le reste du monde semble n’en avoir rien à foutre de Christipher Lion.

Venant des démons, Briffaut peut le comprendre : moins ils voient leurs Commandants, mieux ils se portent. Mais pour les humains, ces êtres impressionnables qui paniquent si vite, surtout en matière de disparition, c’est juste improbable.

Il y a une couille dans le potage, et elle n’aime pas ça du tout.

« Offert par la maison », lâche le barman en posant avec soin ses œuvres sur le comptoir. Célestine contemple d’un œil absent les deux verres fluorescents avant de se rendre compte qu’ils ne correspondent pas du tout à sa commande. En levant les yeux vers lui, elle devine qu’il attendait qu’elle réalise. « J’espère que t’as au moins mis la moitié de tes bouteilles d’alcool dans chacun. » Il hoche la tête, un sourire en coin, puis désigne du menton l’endroit où Briffaut à abandonné sa Reine. « Elle a assez patienté. » « Ouais. » Enroulant ses doigts autour des verres, elle s’arrête une seconde puis les lève à hauteur de l’homme, brièvement. « Merci. »

Malphas n’a pas bougé. Briffaut pose les verres sur la table et s’assoit sur la banquette, une jambe pliée sous elle. Même si elle regarde en direction de la scène, elle ne voit pas la créature qui s’y déhanche. Pourtant, elle ne s’est encore jamais lassée d’un tel spectacle. Les filles du club ne sont pas seulement désirables, elles sont belles ; et c’est pour cela qu’elle a élu l’endroit comme son refuge sacré, l’endroit où elle n’a jamais emmené personne, son jardin secret. L’endroit où l’anonymat est une religion, où les liens se tissent et se dénouent ; l’endroit où se joue l’avenir du monde sous couvert de sophistication et de volupté.

L’endroit parfait pour sortir Garance de sa tanière, là où personne n’a intérêt de reconnaître quelqu’un, là où personne n’a intérêt d’assumer s’y rendre, là où chacun est lié à l’autre par un pacte secret scellé en franchissant l’entrée.

« J’ai fait tout ce que je pouvais. » Célestine ne la regarde même pas. « C’est comme si le monde l’avait oublié. »
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the mighty bush : Discorde Malphas est déjà très douée pour semer la discorde autour d'elle, mais ce talent naturel est renforcé par une capacité inouïe à créer le conflit et la mésentente par sa simple présence si elle le décide. Il lui arrive d'utiliser ce pouvoir simplement pour se détendre et respirer un peu...
Prestidigitation De très loin son pouvoir préféré, cette capacité lui permet de faire disparaître ou apparaître des objets, pour peu qu'ils existent déjà dans ce monde. Cela lui permet de vous faire perdre vos clés et de les faire réapparaître dans le tiroir à couverts, par exemple, ou de déplacer vos lunettes selon sa volonté. Elle trouve à ce pouvoir un aspect artistique que peu soupçonne... Les gros objets sont tout aussi concernés, mais elle a tendance à se contenter des petits... C'est toujours plus frustrant de perdre ses clés de voiture quand on a la voiture que la voiture quand on a ses clés... La panique ne la nourrit pas. Ce pouvoir marche également sur les êtres vivants mais lui demande dans ce cas une énergie bien plus conséquente... (et c'est tout de suite beaucoup moins discret que les objets).
Catalyseur ou la capacité de stocker et diriger l'énergie (a.k.a. Redbull des Enfers). Possibilité pour son porteur de ne pas juste absorber mais aussi de canaliser l'énergie qu'il crée (par sa sphère) dans une direction précise et d'en modifier les flux selon sa volonté. Ce pouvoir permet à Malphas d'alimenter le royaume de Dis en permanence de l'énergie qui naît de la Discorde et de la Frustration, de façon constante. Elle peut aussi décider, non sans effort, d'en faire profiter davantage certaines personnes. Ce pouvoir ne s'applique pas à elle-même, il lui suffirait simplement d'arrêter la catalyse pour récupérer le pouvoir de sa Sphère.
Allegeance : Nouvellement couronnée, Malphas entend rétablir l'ordre parmi les rangs démoniaques, avant que ses pulsions de Discorde ne la rattrapent. Dans ce nouveau Paris, terrassé par les révélations, le Jeu de l'Ombre est devenue une partie d'échec exaltante pour celle qui collecte les coups d'avance dans le seul espoir de voir le monde à genoux.
these streets : Tout. Elle sait tout. Et il n'y a pas que la vie à Paris qui est troublée, désormais.
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Sujet: Re: un nom est une invocation || garance Dim 4 Mar - 1:33 ()
Un nom est une invocation
Notre nom n'est pas mort. Pas encore.


« Tu m'emmerdes » Grognement en nuances de menaces intemporelles, tandis que la créature daigne s'arracher à ses draps, à son plaid, déployant le longiligne abîmé de sa silhouette pour aller l'envelopper dans quelques bouts de tissus, la déguiser de quelques atours pour faire illusion, masquer le désespoir, la folie, les ecchymoses.

*

Les racines d'obscurité parcourent les terres, dévorent les routes, tranchent les cœurs, lacèrent les esprits. Ça court, le long des sols arides, et ça n'épargne personne. Pas un homme, pas une femme, pas un gosse. Elle court, Discorde, comme une rumeur insalubre qui consume tout sur son passage. Dans le creux d'un arbre pluricentenaire, au milieu de la savane, Malphas s'est fait un nid d'infortune, les griffes plantées dans ses propres chairs, au milieu de nulle part, pour mieux hurler, pour gueuler, pour s'arracher les bronches et se déchirer la peau. Elle geint, elle invective, elle menace. Elle détruit, la Terrible, laissant son aura se gonfler et saturer, et dégueuler de ses pores, les yeux plus sombres que jamais, les globes oculaires bouffés par l'indécence de sa déraison. Et ça résonne, ça résonne dans le vide, dans le silence, ça effraie les bêtes et ça terrorise les hommes, tandis qu'elle court, elle court Discorde et elle crame tout sur son passage, déclenchant des rixes, des disputes, des fusillades et des guerres. Ils étaient calmes, pourtant, les prédateurs. Puis le village le plus proche. Et le suivant. Et encore celui d'après. Tandis qu'elle dégueule, elle dégueule, là, à hurler comme le pire des nouveaux nés, et à invoquer, à invoquer encore le putain d'Ange qui reste sourd à ses suppliques, à ses chantages, à ses ultimatums. Le monde peut bien crever, se réduire en cendre. Ce soir s'il le faut. Demain si nécessaire. Elle retournera la planète, le cherchera jusque dans les tréfonds de l'Enfer. Elle prendra le ciel d'assaut, si elle n'a pas le choix. Et elle hurle, elle n'arrête pas de beugler, prenant les astres à témoin sans cesser ses malédictions qui assombrissent la terre, assassinent les plantes, rendent les animaux complètement fous, et les hommes plus encore. Le sang court sur les terres rouges d'Afrique, les faisant carmines. Et elle, elle continue de hurler à la lune comme une gamine.

*

Pendant la nuit, elle a détruit une ville. Ou un pays. Elle ne sait plus très bien. Elle est épuisée. Par automatisme, aussi groggy qu'après une cuite, Discorde s'accroche aux contours de la mauvaise idée qu'est son Lieutenant, le regard vague, l'âme mauvaise et les crocs acérés. Lasse, pourtant. Prête à tout laisser tomber pour en écouter le fracas, en réécrire la mélopée. La chute n'est rien qu'une étape de plus dans l'inexorable de l'Apocalypse, murmure-t-elle sans cracher un son, préférant fermer sa gueule plutôt que de se fatiguer à débattre avec le bourreau qui a décidé de la sortir de sa torpeur. Plus tard, un jour, sans doute, se vengera-t-elle sans la moindre pitié des cruautés de Célestine. Autour de ses côtes, le monstre a ceint une longue bande de gaze pour retenir les flots carmins qui s'écoulaient de ses flancs. Dans un recoin crade de son encéphale, ses griffes s'enfoncent encore entre ses côtes, transperçant les nerfs, chatouillant les bronches, jusqu'à siffler, jusqu'à s'essouffler. Elle était trop fatiguée, c'est pour ça qu'elle est rentrée, fatiguée de gueuler, de détruire, de réduire à néant. Fatiguée d'invoquer, surtout, et de se heurter au silence. La carcasse suit et subit davantage qu'elle ne participe, ne prêtant qu'une attention réduite au paysage, aux alentours. Qu'importe. Qu'importe le monde, ce soir, et tous les autres. Qu'importe les suites absurdes de secondes, de minutes, d'heures, qui traînent en longueur et n'apportent ni violence ni réconfort. Juste l'ennui et un sale goût de désespoir qui lui pourrit le palais et la détache du reste. Si elle y prêtait attention, si elle s'en donnait la peine, elle pourrait voir la déconfiture sur la gueule de son fidèle second, et Paris qui s'étend en nuances de gris devant ses prunelles absentes, puis les ruelles, et la silhouette étrange d'un bar qu'elle ne connaît pas. Et le silence, le silence elle aurait presque pu le percevoir en passant les portes de l'établissement, juste avant les notes grasses d'une musique langoureuse et feutrée qui lui donnent envie de gerber. Et c'est comme se noyer dans un verre d'eau, ou dans une paire de prunelles vert d'eau, tandis qu'elle obéit, docile et inerte, se laissant trimballer en poupée de chiffon à moitié crevée. Sa carcasse trouve tant bien que mal le confort froid d'une banquette pour accueillir son dos trop droit, ses épaules tendues à la ligne fragile, prête à se briser. Et puis le silence, son silence à elle, qui l'emmure et bourdonne, la coupant du reste, encore, des autres, toujours, et de ce monde qui – définitivement – ne l'intéresse pas. Peut-être qu'elle attend longtemps, peut-être qu'elle n'attend pas, le regard ancré aux silhouettes de sa maudite créature et d'un barman qui l'observe à la dérobée, qui cherche à peine à se cacher. Elle scrute, en prédatrice rassasiée, se figurant les choses dans un coin reculé de sa boîte crânienne, dans un vague exercice d'intérêt primaire. Dans le fond, bien au fond, si une seule personne dans cette pièce osait lever un doigt à l'encontre de Briffaut, nul doute que Malphas daignerait se réveiller et émerger de sa torpeur pour s'offrir un beau massacre. Car plus rien – jamais – n'aurait le droit de s'approcher des siens, d'érafler sa réalité. Plus jamais. Plus rien. Rien de plus qu'elle et ses appétits démentiels pour le chaos, pour le rien, pour la fin de tout. Et le silence, et les silhouettes qui dansent, qui dansent loin sur la scène. La bestiole a tourné la tête, en proie à un vertige existentiel, préférant les courbes insignifiantes d'une danseuse anonyme que les menaces qu'elle se figure tournoyer au dessus d'Elle en milliers de vautours imaginaires.

Puis elle revient, elle revient, s'installant calmement après avoir fait claquer deux verres à la couleur immorale devant Discorde. Le silence se creuse, et les tranchées autour, et l'absurde encore, et la rancœur toujours. Puis la Mauvaise Idée retrouve de son essence, peinant à comprendre le sens de ses propres mots lorsqu'ils sortent de sa gueule. Parce qu'elle parle. Elle dit. Elle dit des choses. Des choses qu'il ne faut pas dire. « J’ai fait tout ce que je pouvais. C’est comme si le monde l’avait oublié. » Et sans doute le rire métallique qui s'échappe des crocs de sa maîtresse n'a-t-il rien de rassurant, tandis qu'elle redresse le chef et pose sur elle deux prunelles assassines. « Tout ce que tu pouvais ? Vraiment ? Tu crois que c'est suffisant ? »

L'Afrique hurle encore, cette nuit, de la nuit d'avant. L'Afrique et ses terres carmines, et les carcasses animales aux côtes offertes aux vents, et les cimetières publics transformés en fosses communes où le commun des mortels a touché du bout des doigts la folie des dieux. Où Discorde a laissé la marque de ses crocs.
Ca résonne comme une onde froide, jusqu'en Europe, alors qu'elle chope le verre entre ses griffes et s'offre une longue gorgée d'une boisson saturée d'éthanol.

« S'il n'y a que ça, je peux vous rappeler. Tous vous rappeler. De quoi il était fait, de quoi il était capable. Ce que c'est, ce putain de monde, quand il n'est pas là. Je peux vous apprendre,  à tous et un par un... Je peux prendre ce temps-là. », elle menace entre ses mâchoires serrées avant de soupirer doucement, l'échine frémissante. « Tout ça n'a aucun putain de sens. » Les mots s'échappent avec la fureur qui manque à ses gestes et elle prend le temps, vraiment, de dévisager Briffaut. Pour la première fois, depuis un long moment. Trop long moment. « T'es belle, quand tu sais plus quoi faire. Quand tu sers plus à rien. » La cruauté en peau de chagrin.

- a game of shadows, shall we play ?  -

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Connasse
- La méchanceté d'un homme fait de lui un démon, la méchanceté d'une femme fait d'elle un enfer.


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the mighty bush : Souffle de curiosité, ou plus couramment appelé curiosité mal placée. Pouvoir passif, il transforme son porteur en émetteur d’ondes poussant autrui à s’intéresser à tout et n’importe quoi, jusqu’à plein assouvissement de sa curiosité. La puissance du pouvoir dépend tout à la fois de son porteur – un émetteur timoré n’aura qu’une influence superficielle sur ceux qui l’entourent, au contraire d’une personne débordant de confiance en elle – et de l’exposition – plus une personne est exposée, plus la curiosité est intense. Les deux combinés peuvent créer de véritables obsessions… Dommage collatéral, ce souffle désinhibe : peu importe que les valeurs et les principes moraux soient implantés, gravés dans l’esprit de la victime, au bout d’un moment, ils céderont, tout simplement ; à moins d’être soustrait à temps de cette terrible influence.

Bien évidemment, Briffaut possède un souffle de curiosité naturellement puissant ; déjà en tant que démon, ensuite en tant que femme accomplie et particulièrement confiante. Peut-être même un peu trop, mais ça, c’est un autre sujet. Elle ne maîtrise pas son pouvoir, car passif, mais elle adore voir les autres y succomber : elle-même particulièrement curieuse, trouver des partenaires de jeu dans les recherches les plus improbables, voire carrément dangereuses, est une source inépuisable de distraction. Et elle adore voir ce que la curiosité mal placée peut provoquer en plein milieu d’un dîner de famille…
Allegeance : Lucifer, par instinct de survie ; Briffaut n’a pas grande opinion de son seigneur sinon qu’il est justement son seigneur, et que si elle veut conserver un minimum de liberté – et d’intégrité physique, elle n’est pas une grande adepte de la douleur –, il lui faut se plier à ses quatre volontés. En soi, cette philosophie ne lui est pas très difficile : collectionneuse, elle adore récolter les âmes des êtres humains et les exhibe comme de véritables trophées. De fait, ce qui est sa passion est, finalement, sa mission, donc tout va bien dans le meilleur des mondes. En vérité cependant, elle n'accorde sa loyauté et sa fidélité qu'à Garance, qu'elle suivrait jusqu'aux portes du paradis - enfin, si elle insiste. Si elle insiste vraiment. Genre, vraiment vraiment.
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Sujet: Re: un nom est une invocation || garance Jeu 15 Mar - 18:57 ()
Elle croise les jambes. Joue avec son verre, avec la paille colorée et la tige en plastique. Ne la regarde pas. Ne relève pas – pas la peine. Elle-même pense, après tout, qu’elle n’a pas tout donné. Qu’elle n’a pas pu tout donner. Parce que si ça avait été le cas, elle l’aurait retrouvé. Elle l’aurait retrouvé et elle l’aurait vengé. Prélevé son tribut sur le coupable puis jeté en pâture à sa Reine. Oui, si elle avait vraiment tout donné, elle l’aurait retrouvé. Parce qu’elle n’échouait pas. Parce qu’elle n’échouait jamais.

Ses prunelles caressent le corps dénudé d’une danseuse, ne le voient pas. La rancœur l’étouffe, elle ne le montre pas. La déception de sa Reine la poignarde par son absence, elle encaisse en serrant les dents. Ça fait des jours que Briffaut n’a pas pris contact avec Malphas, des jours qu’elle se consacre corps et âme dans ses recherches, des jours qu’elle écume les bas-fonds de Paris et les hautes sphères de Paname, des jours qu’elle manipule, qu’elle soudoie, qu’elle monnaye, qu’elle soutire, qu’elle menace ou qu’elle torture tous ceux qui croisent son chemin ; des jours qu’elle observe sa Reine disparaître la rage au ventre et revenir le bide en vrac. Et le monde part en couille. « J’me souviens, merci. » Là, maintenant, ça lui rappelle méchamment cette époque. Elle n’était pas bien vieille, comme démon, mais elle a assisté à bien des choses, juste parce qu’il n’était pas là. Ce n’était vraiment pas beau. Même pour un démon. Surtout pour un démon. « Et donc, je suis moche les trois cent soixante-trois jours de l’année restants. C’est bon à savoir. »

Elle ne sait pas où ça a bien pu merder. Où elle a bien pu se planter. Quelle piste elle a manqué. Quel indice elle a loupé. Quelle putain de connerie de commencement de début de preuve elle a bien pu oublier. Mais elle ne l’a pas trouvé. Elle lève son verre et en boit la moitié d’un trait, par frustration ; ça monte, ça monte, ça monte. Elle ne sent même pas la brûlure de l’alcool dans sa gorge. Tout cet amoncellement de sentiments, de sensations, ça commence à la rendre chèvre. Jusque-là, elle gérait ; gérer, c’était sa spécialité. Gérer les sarcasmes, les insultes, les blagues douteuses. Gérer ses proies, ses chiens, ses supérieurs. Mais là… mais là, elle sent tout ce qu’elle a géré se casser la gueule et s’emmêler dans un merdier monstrueux.

Parce que Garance ne l’envoyait pas chier.

Parce que Garance buvait sans bouger.

Parce que Garance n’avait même pas commenté le lieu où elle se trouvait.

« Les chiens de l’enfer ont les dents pourries, de nos jours. » Elle est allée trouver sa Reine parce que ça lui avait semblé nécessaire. Et même si ça prend des airs d’épreuve, elle continue de penser que c’était nécessaire. Pour elle. Pour elles. « Mais déclencher l’Apocalypse ne te le rendra pas. » Elle se tourne franchement vers Garance, monte les jambes sur la banquette qu’elle croise en tailleur. La jupe qu’elle porte remonte sur ses cuisses et laisse peu de place à l’imagination, mais elle s’en fiche. « Ça commence même à devenir sévèrement dangereux. Les emplumés s’agitent. Garance, j’suis pas là pour te faire la morale mais j’ai pas vraiment envie de me retrouver à la tête de ta sphère parce que t’as tapé dans une fourmilière. » Sa voix est ferme, ses prunelles figées par la détermination. Elle scrute sa Reine, pas vraiment inquiète, mais pas vraiment tranquille non plus. Elle l’avait tirée de son canapé en fanfaronnant, mais elle est désormais mortellement sérieuse. « En plus de ça, Lulu commence aussi à faire circuler quelques toutous parmi les nôtres. Je sais que t’en as rien à foutre mais tu sais aussi bien que moi qu’il ne vaut mieux pas qu’il nous tombe sur le poil. » Ni l’une, ni l’autre n’avait peur de leur souverain, mais elles savaient toutes deux très bien où étaient leurs places, et surtout leurs intérêts. Même si briguer la haute place des enfers fait partie des ambitions déclarées de tout Commandant qui se respecte, il y a des moments, et des façons, pour le faire – et se mettre les cornes du roi sur le dos n’en faisait très certainement pas partie. « Je peux éliminer qui te menace, mais à un moment, ça va vraiment finir par être suspect. » Certains démons avaient été déclarés morts, ces derniers jours. Heureusement, il ne s’agissait que de démons mineurs, si bien que leurs Commandants ne s’étaient pas vraiment engagés dans une enquête assidue pour retrouver leur assassin – et c’était tellement plus facile de faire porter le chapeau à l’autre camp. Mais si ça continuait à ce rythme, Célestine allait bientôt avoir du mal à effacer ses traces.

Elle se tait et la dévisage. Elle a des valises sous les yeux et le regard vide, joues sont blanches et ses cheveux n’ont pas vu de brosse depuis quelques jours. Elle sait bien que Garance n’est pas retournée au bureau depuis qu’il a disparu. Et ça aussi, ça commence à la foutre mal. Parce que même leur vie humaine est épiée et un Commandant qui déserte son poste d’humain laisse naître quelques questions sur ses activités occultes. Et ce n’est pas la petite chercheuse du CNRS qui va pouvoir lui faire un mot d’excuse.

Elle penche la tête sur le côté. Elle ne sait pas bien si ce qu’elle dit va atteindre le cerveau de Malphas. Car ça aussi, elle a appris à gérer : à faire en sorte d’être un peu la voix de la raison et la tirer vers l’arrière quand sa Reine commence à prendre vraiment trop de risques. Mais jamais Malphas ne s’était retranchée aussi loin dans la rage et la haine. Jamais Malphas n’a été aussi déchaînée. Elle n’arrive pas à savoir qui des deux, à cet instant, prend le plus de risques.

« D’ailleurs, c’est tout aussi suspect que personne ne se bouge le cul pour le retrouver. » Ses doigts s’enroulent autour du pied de son verre. Son esprit tourne tout seul, enchaîne sur ses idées et ses lèvres les laissent passer. « Un Commandant qui disparaît, comme ça, pouf, et personne ne s’en inquiète, à par nous… Personne pour l’invoquer, personne pour en parler… Disparu. Envolé. Je n’arrive même pas à prononcer son nom. » Elle fronce les sourcils, ses doigts se figent, son corps se tend, percutée par une quelque chose de bizarre. « Je n’arrive même pas à prononcer son nom… », répète-elle en détachant chaque mot.

Car même dans sa tête, son nom ne se matérialise pas.
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Sujet: Re: un nom est une invocation || garance ()
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